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Châteaux de Ternier

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Saint-Julien-en-Genevois - Type : Architecture militaire  |  Château

Description :

Les châteaux de Ternier se situaient entre l'actuelle avenue de Ternier et la rue des Vieux Châteaux, sur une colline culminant à quelques 490 m. et dominant le vallon de l'Aire au sud et celui de l'Arande au nord. Cette situation leur offrait une vue s'étendant jusqu'à Genève. L'accès se faisait par une seule route allant de Saint-Julien, en passant par le village de Ternier, jusqu'à Lathoy au pied du Salève, route devenue aujourd'hui moins importante qu'auparavant.

1 - Le Château de la Poëpe :

Alors que d'aucuns affirment que le château de la Poëpe remonterait à l'époque carolingienne, une tour pouvant peut-être déjà s'y trouver, le plan actuel ne permet pas de dater les constructions avant la première moitié du XIIe siècle. Occupée en 1536 par les Bernois, tout comme le château comtal, la châtellenie passe au rang de bailliage. Le château fut définitivement détruit en 1589 par les bombardements du duc de Savoie lors du siège du château, alors tenu par les Genevois.

Les premiers à occuper le château de la Poëpe étaient les membres de la famille Ternier. Ils étaient qualifiés de vicomtes et aussi de vidomnes et détenaient dès lors certains droits appartenant auparavant au comte. En tant que vicomtes, ils relevaient des comtes de Genève, et en tant que vidomnes, des évêques de Genève. Cette particularité engendrait des complications extrêmes en ce qui concernait les droits hiérarchiques. La seigneurie propre de Ternier était indépendante du vicomtat et du vidomnat. Ainsi, les Ternier prêtaient hommage pour cette seigneurie soit aux comtes, soit à l'évêque. Et ce n'est que le 1er octobre 1401 qu'intervint une transaction et qu'il fut convenu que les Ternier passeraient acte de fidélité seulement au comte et le comte à son tour à l'évêque.

Familles possédant le château de la Poëpe :
- Avant 1112 jusqu'à 1418 : Famille des Ternier
- De 1418 à 1542 : Famille des Montchenu
- De 1544 à 1610 : Familles de Châteauneuf-Gallaure et Claude François
- De 1610 à 1773 : Famille des Milliet de Chales
- 1796 : Biens confisqués et mis en vente comme biens nationaux et adjugés en thermidor An IV à Etienne-François Pissard.

Le château de la Poëpe, ou de la Poype, de Ternier, est le plus ancien des deux châteaux présents sur le site et aurait eu une fonction militaire avant tout.

Ce châeau présentait un plan roman, dont l'accès se faisait par l'est en suivant la crête de la colline. On entrait par une première porte considérée comme fausse porte dans le mur d'enceinte après avoir traversé un premier fossé. Il fallait longer les courtines à main droite pour arriver à la deuxième porte s'ouvrant sur une cour entourée de bâtiments et aux habitations s'étendant sur les côtés sud et nord. On suppose qu'il y avait une chapelle dédiée à Saint-Nicolas.

Au sommet de la motte se dressait une cour et des logements ainsi qu'un donjon en forme d'éperon imposant et redoutable qui devait constituer à lui seul la quasi -totalité du château. Son plan formait un polygone à sept pans, très irréguliers, d'environ 14m de diamètre. Il était ceint sur tout son pourtour par une enceinte ou chemise, laissant un passage étroit de 2m. en moyenne. Ce donjon est attesté dès la première moitié du XIIe siècle.

Les murs du donjon mesuraient en moyenne 2,80 m. et ceux e la chemise 4,60 m. au sud, avec un talus très prononcé. Ses assises quant à elles mesuraient entre 12 et 18 cm. de hauteur, indiquant une facture romane. Le donjon surmonté d'un toit devait atteindre une hauteur supérieure à 21 m. L'archéologue genevois Louis Blondel suppose qu'il fut souvent remanié.

2 - Le Château comtal

Antérieur au XIIIe siècle, le château n'est mentionné comme relevant directement du comte de Genève qu'en 1225. En 1250, Ternier fut remis en gage à Philippe de Savoie, avant de revenir au comte de Genève. Ainsi, en 1278, Guillaume, seigneur de Viry, reconnut tenir son fief de Robert de Genève, évêque et seigneur de Ternier. En 1305, le comte de Genève Amédée fit hommage à l'évêque de Genève, qui détenait des droits féodaux supérieurs sur le château. Ce dernier, dans son testament de 1306 légua à sa femme l'usufruit de tous ses biens.

Ayant prêté de l'argent à Robert de Genève, futur pape Clément VII, Girard de Ternier obtint en 1394 la cession de Ternier d'Humbert de Thoire-Villars, le neveu de Robert, laissant les deux châteaux en possession d'une seule personne. Survint alors, le 22 juin 1400, un conflit avec l'évêque concernant la supériorité féodale de Ternier. Après le traité de Paris, Ternier passa à la maison de Savoie et Amédée VIII prêta hommage à l'évêque le 1er octobre 1405.

L'entretien du château médiéval est coûteux et nécessite d'importantes travaux d'entretien. Plusieurs hommes d'église se succèdent dans le rôle de surveillant de chantier : de 1330 à 1333, maître Aymon, clerc, puis curé de Saint-Julien, en 1398 messire Etienne de Passeyrier, curé de Vanzy puis de Chancy, en 1409 dom Roland de Feygères et dom Pierre de la Croix.

Louis Blondel précise que Ternier continua à relever directement de la maison de Savoie, mais les ducs de Savoie l'inféodèrent à leur tour : à Jean-Louis de Savoie en 1483, à Amédée de Viry le 28 février 1489, au baron Charles de Sallenove le 11 août 1546, puis à Jérôme Lambert de Lornay le 5 janvier 1589, qui le laissa au neveu de sa soeur, Jérôme d'Angeville, dit Lambert, le 28 avril 1611. Le 9 mai 1636, la seigneurie est vendue à Jean-Antoine de Rossillon, puis passe par Marguerite de Rossillon en 1659 à la famille de Lucinges et, en 1716, au marquis d'Allinges. Le 29 mai 1781, ces terres furent annexées au domaine de l'Etat. Ternier avait été élevé au rang de marquisat.

Finalement, tout comme le château de la Poëpe, le château comtal est détruit en 1589 suite aux conflits entre Genevois, Bernois et Savoyards.

Le château comtal occupait un plateau assez vaste en forme de pentagone. L'accès se faisait par l'ouest; une voie charrière encaissée rejoignait un chemin montant directement du village menant à un large pont jeté au dessus d'un fossé. La première porte était défendue par des échiffes, sorte de guérites de bois. Sur la gauche préexistait un donjon ancien. La cour était entourée de communs, de dépendances et d'un corps de logis au nord réservé au comte.

Des murs d'enceinte surmontés d'au moins quatre échiffes de bois entouraient les divers bâtiments. Il y avait notamment un four, un logement de portier, avec salle et étable, un jardin particulier du comte, des écuries, des greniers, des pressoirs, des logements pour la garnison, un couvert avec terrasse pour les engins de guerre.

L'ancien donjon, situé au Nord, remontait à l'époque romane et mesurait 8 mètres 75 sur 10 mètres. En 1331-1332 la distribution intérieure des pièces fut modifiée. Ses défenses supérieures étaient composées de boulets en pierre et le donjon s'appuyait sur des assises mesurant de 12 à 15 centimètres de hauteur.

Pour pallier au manque de place lorsque le comte et sa suite venaient au château, on fit édifier une nouvelle tour d'habitation de 13m. de large sur 10m. de haut du côté de la Poype. Elle n'est mentionnée dans les sources qu'à partir de 1328-1330, où il est question de la réfection de ses guérites. On y installa des chambres avec fenêtres une dizaine d'années plus tard, soit vers 1340.

Aujourd'hui, les ruines du château de la Poype et du château comtal sont peu visibles, car enfouies sous la végétation. Par ailleurs, bien qu'une tentative de mise en valeur ait été faite à l'aide d'un parcours Vita sur l'emplacement des ruines du château, le site semble peu fréquenté, comme en témoigne un panneau renversé dudit parcours. Un débroussaillage semble prévu pour cet été. Il faudrait voir là une occasion à saisir pour réactualiser le parcours Vita et éventuellement en modifier les panneaux en y ajoutant des mentions historiques relatives aux châteaux.

Source : KOSUCHOWSKI Morgane - Université de Genève 2013
Sous la direction de Mme Leïla EL WAKIL

- Archives départementales de Haute-Savoie (plusieurs occurences)
- Comptes de châtellenie
- MALLET Edouard, "Chartes inédites relatives à l'Histoire de Genève", tome XIV, Genève, 1862
- MUGNIER François, "Mémoires et documents publiés par la société savoisienne d'histoire et d'archéologie", tome XXX, Chambéry, 1891
- MUGNIER François, "Mémoires et documents publiés par la société savoisienne d'histoire et d'archéologie", tome XXXIX, Chambéry, 1900
- REGESTE Genevois (plusieurs occurences)
- SPON Jacob, "Histoire de Genève", tome II, Genève 1730

Littérature secondaire :
- AGOSTINO Laurent d', CECI Liliana, CHAUVIN-DESFLEURS Evelyne, CHEVALIER Maud, GUFFOND Christophe, "Les sites castraux de la Haute-Savoie (arrondissement de Saint-Julien en Genevois et de Thonon-les-Bains)" volume 3, Annecy 2011
- BLONDEL Louis, "Note sur les châteaux de Ternier", in "Etrennes Genevoises", Genève 1927
- BLONDEL Louis, "Châteaux de l'ancien diocèse de Genève", Genève 1956
- CORBIERE Matthieu de la, "L'invention et la défense des frontières dans le diocèse de Genève. Etude des principautés et de l'habitat fortifié (XIIe - XIVe siècle)", Annecy 2002
- DULLIN Etienne, "Les châtelains dans les domaines de la Maison de Savoie en deça des Alpes", Chambéry 1911
- DUBOIS Michèle, "La châtellenie de Ternier d'après les comptes de châtellenie de 1325 à 1350", Lyon 1984
- DUPARC Pierre, "Le Comté de Genève : IXe - XVe siècle", Genève 1977
- FORAS Comte E-Amédée de, "Armorial et nobiliaire de l'ancien duché de Savoie", Grenoble 1910
- JACQUET Abel, "Saint-Julien-en-Genevois. Histoire d'un bourg de province des origines à nos jours", Annecy 1978
- MENABREA Léon, "Des origines féodales dans les Alpes Occidentales", Turin 1866
- SALCH Charles-Laurent, "Saint-Julien-en-Genevois", in SALCH Charles-Laurent, "Dictionnaire des châteaux et des fortifications du Moyen-Âge en France", Strasbourg 1979
- SPON Jacob, "Histoire de Genève", tome I, Genève 1730
- VIRY Comte Pierre de, "Comptes de Ternier et de la Poëpe, 1399-1411", in "Etrennes Genevoises", Genève 1927

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